Enfants et boissons sucrées : cette habitude banale qui peut peser lourd avant 5 ans

Enfants et boissons sucrées : cette habitude banale qui peut peser lourd avant 5 ans

Un jus au petit-déjeuner, un sirop au goûter ou une eau aromatisée dans la gourde ne détermine pas, à lui seul, la santé d’un enfant. Le problème apparaît lorsque ces boissons deviennent quotidiennes : elles multiplient l’exposition des dents aux sucres et peuvent ajouter régulièrement de l’énergie à l’alimentation. Avant 5 ans, l’enjeu consiste donc moins à interdire qu’à empêcher le goût sucré de devenir la norme pour étancher la soif. 


Une boisson sucrée ne se limite pas au soda 

Sodas, sirops, nectars, boissons aux fruits, thés glacés, eaux aromatisées sucrées et laits aromatisés appartiennent à cette catégorie dès lors qu’ils contiennent des sucres ajoutés. Les jus de fruits 100 % pur jus occupent une place légèrement différente : ils ne contiennent pas nécessairement de sucre ajouté, mais apportent tout de même des sucres dits « libres », rapidement disponibles une fois le fruit pressé. 

 

Chez le nourrisson, le lait maternel ou infantile répond aux besoins spécifiques des premiers mois. Lorsque l’eau commence à être proposée, notamment avec la diversification, elle doit rester la boisson habituelle pour étancher la soif. Santé publique France recommande d’éviter avant 3 ans toutes les boissons sucrées, y compris les jus de fruits, les sirops et les sodas, même light. Pour les enfants de 4 et 5 ans, les boissons sucrées et les jus doivent rester limités ; lorsqu’ils sont proposés, le repère français fixe un maximum d’un demi-verre par jour avant 11 ans. Ce plafond ne constitue pas une recommandation de consommation quotidienne. 

 

L’Organisation mondiale de la Santé adopte une position encore plus directe pour les enfants de 6 à 23 mois : les boissons sucrées ne devraient pas être consommées, tandis que les jus de fruits à 100 % devraient être limités. 

 

Le risque le mieux démontré concerne les dents 

Les bactéries présentes dans la plaque dentaire utilisent les sucres des aliments et des boissons pour produire des acides. Ces acides attaquent progressivement l’émail et favorisent l’apparition de caries, parfois dès les dents de lait. La fréquence compte autant que la quantité : une boisson sucrée sirotée pendant plusieurs heures expose les dents à des attaques répétées, davantage que la même quantité consommée en une seule fois au cours d’un repas. 

 

Une revue systématique consacrée aux enfants de 10 ans ou moins a retrouvé une association entre la consommation de boissons ou d’aliments riches en sucres libres et le risque de caries dans la grande majorité des études examinées. La qualité méthodologique de plusieurs travaux restait limitée, mais l’ensemble des résultats converge avec le mécanisme biologique bien établi des caries. 

 

Sur le poids, l’effet existe mais ne doit pas être exagéré 

Une boisson affichant 10 grammes de sucres pour 100 millilitres en apporte 15 grammes dans un petit verre de 150 millilitres. Cette énergie s’ajoute facilement au repas ou au goûter, car une boisson rassasie généralement moins qu’un aliment solide apportant la même quantité de calories. 

 

Pour autant, il serait incorrect d’affirmer qu’un enfant deviendra en surpoids parce qu’il boit occasionnellement un jus ou un soda. Dans l’analyse retenue par l’OMS, les études menées spécifiquement entre 2 et moins de 5 ans donnent des résultats partagés : certaines observent une association avec un indice de masse corporelle plus élevé, tandis que d’autres n’en retrouvent pas. 

 

À l’échelle plus large de l’enfance, les conclusions deviennent plus cohérentes. Une méta-analyse réunissant 40 cohortes et huit essais contrôlés montre qu’une consommation plus importante de boissons sucrées est associée à une légère augmentation de l’indice de masse corporelle. Les interventions réduisant ces boissons entraînent également une progression du poids un peu moins importante que dans les groupes témoins. L’effet moyen reste modeste, mais il peut compter lorsqu’une boisson sucrée s’installe chaque jour dans une alimentation déjà suffisamment énergétique. 

 

Le jus de fruits et le light ne sont pas des passe-droits 

Un pur jus peut fournir certaines vitamines, mais il contient beaucoup moins de fibres qu’un fruit entier et rassasie moins. Ses sucres sont considérés comme des sucres libres par l’OMS. Les recommandations françaises précisent également qu’un jus ne remplace pas une portion de fruits. Avant 3 ans, il est donc préférable de l’éviter ; ensuite, il gagne à rester occasionnel et servi en petite quantité. 

 

Les boissons light retirent tout ou une partie du sucre et des calories, mais conservent un goût très sucré. Elles ne constituent donc pas la solution privilégiée pour installer de bonnes habitudes chez un jeune enfant. Santé publique France recommande de ne pas en donner avant 3 ans, tandis que l’OMS déconseille les boissons contenant des édulcorants entre 6 et 23 mois. Cette recommandation ne signifie pas qu’une consommation ponctuelle serait toxique : elle rappelle simplement qu’aucun bénéfice nutritionnel ne justifie d’en faire une boisson quotidienne. 

 

C’est la répétition qui transforme le verre en habitude 

Le principal piège ne réside pas dans la boisson servie exceptionnellement lors d’un anniversaire. Il apparaît lorsqu’un jus accompagne systématiquement le petit-déjeuner, qu’un sirop revient chaque après-midi et qu’une boisson aromatisée remplace l’eau dans la gourde. Durant les premières années de vie, les boissons proposées régulièrement deviennent progressivement des repères familiers.

 

Le repère le plus simple consiste à laisser l’eau occuper la place habituelle, pendant les repas comme entre ceux-ci. Les boissons sucrées peuvent rester occasionnelles, servies en petite quantité et sans être sirotées pendant des heures. Lorsqu’une consommation quotidienne est déjà installée, diminuer d’abord sa fréquence est souvent plus réaliste que rechercher une suppression immédiate et parfaite. 

 

À cet âge, aucune boisson sucrée n’est indispensable. Leur consommation répétée augmente clairement le risque de caries et peut participer, parmi d’autres facteurs, à une prise de poids excessive. Faire de l’eau la norme et réserver le goût sucré à des occasions ponctuelles suffit à poser un cadre protecteur, sans transformer un verre isolé en faute alimentaire.

 

À RETENIR

Avant 5 ans, l’eau doit rester la boisson habituelle. Le risque le mieux établi concerne les caries : c’est surtout la répétition des prises sucrées, plus que le verre occasionnel, qui transforme une boisson plaisir en habitude défavorable. 

 

Sources 

1. Santé publique France, « Pas à pas, votre enfant mange comme un grand », brochure, 2022. 
2. Santé publique France, « Les recommandations alimentaires pour les 4–17 ans », publication Manger Bouger, 2023. 
3. Organisation mondiale de la Santé, « WHO Guideline for complementary feeding of infants and young children 6–23 months of age », recommandation, 2023. 
4. Organisation mondiale de la Santé, « Sugars and dental caries », fiche d’information, 2025. 
5. Jessica Large, « Impact of unhealthy food and beverage consumption on children’s risk of dental caries: a systematic review », Nutrition Reviews, 2024. 
6. Alexander Molinari, « Caregiver-Reported Sugar-Sweetened Beverage Consumption and Cavities in Children Aged 1 to 5 Years, National Survey of Children’s Health 2021–2022 », Preventing Chronic Disease, 2025. 
7. Michelle Nguyen, « Sugar-sweetened beverage consumption and weight gain in children and adults: a systematic review and meta-analysis of prospective cohort studies and randomized controlled trials », The American Journal of Clinical Nutrition, 2023. 
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