Nutri-Score : pourquoi un même produit peut changer de lettre sans changer de recette

Nutri-Score : pourquoi un même produit peut changer de lettre sans changer de recette

À la rentrée 2026, deux emballages apparemment identiques peuvent encore afficher des Nutri-Scores différents. Cela ne signifie pas nécessairement que la recette a été modifiée : depuis le 16 mars 2025, une nouvelle méthode de calcul se déploie en France, avec une période de transition qui court jusqu’en mars 2027. La composition peut donc rester la même tandis que le barème utilisé pour l’évaluer évolue.


La lettre dépend autant du produit que du barème

Le Nutri-Score n’est pas attribué d'après une appréciation générale du produit. Il résulte d’un calcul effectué à partir de sa composition pour 100 grammes ou 100 millilitres. Des points sont accordés selon les teneurs en éléments à limiter, comme l’énergie, les acides gras saturés, les sucres et le sel, puis retranchés selon la présence d’éléments à favoriser, notamment les fibres, les protéines, les fruits, les légumes et les légumes secs. Le résultat obtenu détermine ensuite une lettre allant de A à E.


Lorsque les seuils d’attribution des points changent, les mêmes valeurs nutritionnelles peuvent produire un résultat différent. Autrement dit, ce n’est pas nécessairement le produit qui change, mais le barème appliqué à sa composition. Une référence auparavant classée B peut ainsi passer en C alors que sa liste d’ingrédients et son tableau nutritionnel restent inchangés.


Ce que le nouvel algorithme modifie réellement

Le principe général du Nutri-Score demeure identique, mais plusieurs seuils et règles particulières ont été révisés. Le comité scientifique chargé de cette évolution a notamment cherché à mieux distinguer les produits selon leurs teneurs en sucres, en sel et en fibres, ainsi qu’à rapprocher leur classement des recommandations alimentaires adoptées dans les pays participants.


Pour les aliments solides, les seuils appliqués aux sucres, au sel, aux fibres et aux protéines ont été ajustés. Les viandes rouges peuvent désormais recevoir moins de points favorables grâce à leurs protéines, afin de mieux les différencier de la volaille et du poisson. Les matières grasses, les huiles, les fruits à coque et les graines bénéficient également d’un calcul spécifique qui distingue davantage les produits selon leur teneur en acides gras saturés.


Le calcul des boissons a lui aussi été remanié. Le lait, les boissons lactées, les yaourts à boire et les boissons végétales sont désormais évalués avec l’algorithme réservé aux boissons. La présence d’édulcorants est également prise en compte parmi les éléments défavorables, alors qu’elle ne l’était pas auparavant.


Des notes plus sévères pour certains produits, meilleures pour d’autres

Santé publique France estime qu’entre 30 et 40 % des produits pourraient changer de lettre avec le nouveau calcul. Cette évolution ne se traduit pas uniquement par des déclassements.


Les huiles d’olive, de colza ou de noix, moins riches en acides gras saturés que d’autres matières grasses, peuvent désormais être classées B au lieu de C. La note de certains poissons gras, comme les sardines ou les maquereaux, peut également s’améliorer. Le nouveau barème distingue par ailleurs plus nettement les pains, riz et autres féculents complets de leurs équivalents raffinés.


À l’inverse, les produits particulièrement sucrés ou salés sont généralement évalués plus sévèrement. Une boisson contenant des édulcorants peut notamment passer de B à une note comprise entre C et E sans que sa composition ait changé : c’est désormais la présence même de ces ingrédients qui intervient dans le calcul.


Une lettre qui baisse ne signifie donc pas que le produit est soudainement devenu plus sucré, plus salé ou plus gras. Elle indique que ces caractéristiques pèsent différemment dans la nouvelle méthode. De la même manière, une amélioration de la note ne prouve pas nécessairement qu’une reformulation a eu lieu.


Pourquoi les deux calculs coexistent encore

Les emballages ne peuvent pas tous être remplacés simultanément. Depuis le 16 mars 2025, les entreprises engagées dans la démarche disposent de deux ans pour appliquer le nouvel algorithme. Durant cette transition, un produit encore étiqueté selon l’ancien calcul peut donc côtoyer sa version portant la nouvelle lettre.


Un encadré portant la mention « nouveau calcul » a été créé pour identifier les emballages déjà actualisés. Son utilisation reste toutefois facultative. L’absence de cette indication ne permet donc pas de déterminer avec certitude quelle méthode a été employée.


Cette période explique aussi pourquoi deux produits présentant des compositions très proches peuvent momentanément sembler plus éloignés qu’auparavant sur la note. L’un peut déjà être évalué avec le nouveau barème tandis que l’autre conserve encore son ancienne note. Le délai de mars 2027 concerne les entreprises qui ont choisi d’utiliser le Nutri-Score, puisque l’apposition du logo reste volontaire en France.


Comment interpréter un changement en magasin

Un changement de lettre ne suffit pas à démontrer une modification de recette. Pour repérer une éventuelle reformulation, il faut également examiner la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel, notamment les teneurs en sucres, en sel, en acides gras saturés, en fibres et en protéines.


Pendant la transition, le Nutri-Score reste surtout utile pour comparer des produits similaires évalués selon la même méthode. Lorsque deux notes paraissent incohérentes, la mention « nouveau calcul » peut fournir un premier indice, mais elle ne sera pas toujours présente.


La lettre doit enfin rester un repère parmi d’autres. Elle résume certaines caractéristiques nutritionnelles pour 100 grammes ou 100 millilitres, mais ne détermine ni la portion consommée, ni la fréquence de consommation, ni l’équilibre général de l’alimentation. Un passage de B à C ne transforme donc pas un produit en aliment à éviter.


Un nouveau classement, pas nécessairement un nouveau produit

Un même produit peut changer de Nutri-Score sans changer de recette parce que sa lettre n’est pas une propriété définitive : elle dépend des règles utilisées pour convertir sa composition en note. Jusqu’en mars 2027, la coexistence des deux méthodes peut encore créer des différences visibles dans les rayons. L’essentiel consiste à ne pas confondre changement de classement et changement de composition.


À RETENIR

Un changement de lettre ne signifie pas nécessairement qu’un produit a changé de recette. Jusqu’en mars 2027, ancien et nouveau calcul peuvent coexister : il faut distinguer évolution du barème et reformulation réelle.


Sources

1. Santé publique France, « Signature de l’arrêté Nutri-Score : un pas de plus vers une meilleure information nutritionnelle des consommateurs », publication, 2025.
2. République française, « Arrêté du 14 mars 2025 fixant la forme de présentation complémentaire à la déclaration nutritionnelle recommandée par l’État en application des articles L. 3232-8 et R. 3232-7 du code de la santé publique », Journal officiel de la République française, 2025.
3. Comité scientifique du Nutri-Score, « Update of the Nutri-Score algorithm. Update report from the Scientific Committee of the Nutri-Score », rapport, 2022.
4. Comité scientifique du Nutri-Score, « Update of the Nutri-Score algorithm for beverages. Second update report from the Scientific Committee of the Nutri-Score V2–2023 », rapport, 2023.
5. Santé publique France, « Nutri-Score », dossier thématique, 2026.
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